Culture

ALIOS 2019:  
Rencontre

Alios, la biennale d’Art Contemporain revient du 12 au 25 octobre 2019 sur La Teste de Buch.

Intitulée « Love Data« , cette nouvelle édition d’Alios sera placée sous le signe de la numérisation, des réseaux sociaux et de la Big Data (masse de données numériques). Irwin Marchal, le commissaire artistique a souhaité évoquer ces questions liées à la mise en connexion massive de la société afin de montrer les multiples façons dont les artistes abordent le phénomène.

 

Il évoque son métier de commissaire artistique ainsi que cette nouvelle édition d’Alios en détail dans l’interview ci-dessous

Entretien avec Irwin Marchal, Commissaire d’Exposition Alios 2019 « Love Data »


 

 

IRWIN MARCHAL

> En quoi consiste votre métier ?

Mon activité consiste à organiser des expositions, à développer des réflexions sur le rapport que la création et les artistes entretiennent avec les problématiques ou les dynamiques du monde actuel et à formaliser des rencontres.

Rencontres :

  • entre le public et les œuvres,
  • entre des artistes et des lieux,
  • entre des manières de penser, d’habiter, des usages.

 

> Pouvez-vous nous décrire une journée type d’un Commissaire d’Exposition.

La journée type d’un commissaire d’exposition est assez multiple et changeante.

Il m’arrive parfois de commencer la journée en organisant des transports (il y a beaucoup de logistique dans notre métier), puis de faire un moment de médiation avec le public sur une exposition en cours, de faire du repérage sur un site pour un futur projet, de visiter un artiste dans son atelier, puis de finir la journée en écrivant un texte au sujet d’une exposition pour un support de communication.

C’est très varié.

 

> Quelles visions avez-vous de l’Art Contemporain aujourd’hui ?

En réalité il y beaucoup de scènes différentes dans ce qu’on peut communément appeler l’« Art contemporain ». Je préfère parler de « création actuelle ».

Mais pour répondre à la question, je dirais que c’est très foisonnant, de plus en plus engagé politiquement et très connecté mondialement.

Il y a également beaucoup de problématiques économiques en jeu et des modèles qui se redessinent en fonction de ses problématiques. Il faudrait beaucoup de lignes pour décrire cela.

 

Il y beaucoup de scènes différentes dans l’Art contemporain. Je préfère parler de création actuelle.

> L’Art Contemporain est souvent controversé, quel est votre sentiment sur le sujet ?

Ce qui est généralement compris comme « Art Contemporain » à un réel problème d’image, ce qui est d’ailleurs assez curieux et paradoxal pour un secteur qui travaille souvent avec l’image.

Nous sommes au regard du grand public, empêtrés dans des clichés (quel secteur n’en a pas cependant ?) entre la figure de l’artiste romantique/moderne qui travaille seul et refond le monde avec toute sa misère et son génie dans son bocal/atelier et l’artiste star ultra/libéralo/capitaliste qui fonctionne comme une multinationale et qui fabrique des joujoux fluos pour une clientèle qui est en mesure de se les payer.

En réalité ces clichés, même s’ils existent, ne représentent qu’a peine 1 ou 2 % de la création actuelle.  Les 98 autres % sont des gens comme vous et moi qui travaille humblement, qui souhaite donner un point de vue et développer une pratique artistique en toute légitimité. Pour expliquer et faire comprendre cela, il faut faire de la médiation et de la pédagogie. C’est le sens de mon travail.

 

> Vous sentez vous libre dans les divers projets que vous menez ?

En termes de liberté de parole et de point de vue, oui. La seule chose qui restreint cette liberté, ce sont les moyens qu’on m’offre pour travailler et les contraintes diverses et variées que l’on peut rencontrer çà et là. Mais là encore, qui n’en a pas ?

 

> Vous considérez vous comme un chercheur de talents ou un médiateur entre deux mondes ?

Bien évidemment les deux. Une grosse partie de mon activité consiste à faire de la prospection, à rencontrer les artistes, à chercher des travaux qui pourraient résonner avec mes préoccupations et à les mettre en avant, à les faire émerger pour les donner à voir. Cette démarche suppose d’être à la jointure du monde de la création et des réalités de la société.

 

> Votre démarche artistique sur le territoire de la Teste de Buch se fera sous quelle forme ?

Bien que la thématique de cette édition d’Alios soit placée sous le signe du numérique, j’ai souhaité, plutôt que de parler uniquement de pratiques liées à l’informatique, élargir le champ d’approche de ces questions aux artistes qui englobent dans leurs processus de travail une conscience du numérique. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

C’est à dire qu’un artiste qui fait de la sculpture ou de la peinture au sens classique du terme, peut être tout aussi pertinent pour parler d’internet qu’un artiste qui ne travaille qu’avec son ordinateur et des machines. La question de la technologie sera présente bien entendu, mais pas uniquement !  À mon sens, dans l’art actuel, la question de la technique et de la technologie n’est pas prioritaire par rapport à l’humain, mais concomitante, soudée, entrelacée.

Les artistes de Love Data


AFFICHE LOVE DATA

> Pouvez-vous nous présenter les artistes sollicités pour ce « LOVE DATA» ?

Il y a dans ma programmation une petite quinzaine d’artistes, donc parler de tous un à un risquerait d’être un peu long, cependant je peux en évoquer quelques-uns.

 

Par exemple, l’artiste Pierre Clément qui travaille actuellement entre Bordeaux et Paris et qui, bien qu’ayant une pratique plutôt tournée vers la sculpture, trouve souvent une articulation avec la question de l’image.

Son rapport aux images issue de ses pérégrinations sur le web s’inspire par exemple de la vulgarisation scientifique, des pseudo-sciences, du survivalisme, du monde animal.

Tous ces éléments forment un substrat très intéressant vis-à-vis de ce qui produit l’imaginaire collectif aujourd’hui.

 

Sara Sadik, qui est une jeune artiste travaillant à Marseille, utilise les codes des jeux vidéo, du manga ou de la télé réalité pour aborder des questions politiques et identitaires.

Angelo Plessas qui nous vient d’Athènes, et qui produit depuis le début des années 2000 des sites internet/œuvres qui sont autant d’objets poétiques et interactifs destinées à renouveler notre regard sur ce que peux être une œuvre.

Ou encore Zsófia Kereszte, artiste hongroise qui s’intéresse à la question de la déformation et du corps en créant d’imposantes sculptures recouvertes de mosaïque.

Ainsi pixelisée ses sculptures s’interprètent comme la métaphore possible de la porosité présente entre réel et virtuel.

 

Il y aura également un projet de drapeau dans l’espace public avec de jeunes étudiants des Beaux-Arts de Bordeaux et une performance de Laurent Lacotte, Régina Demina et Arthur Mayadoux directement retranscrite sur Instagram le jour du vernissage.

 

Ce qu’il faut comprendre c’est que tous les artistes de cet événement ont été choisi pour leur capacité à entrer en interaction avec les mondes dit « virtuels ». Pour ces derniers la virtualité n’est pas une sous réalité. Elle en est une autre facette. Réalité et virtualité coexistent dans notre espace commun et il s’agit l’un comme l’autre de les décrypter, de les expérimenter, de les utiliser pour créer. Ainsi la question de « Love » de « Love Data » est à entendre comme la capacité qu’a l’être humain à produire, malgré le formalisme de la technique, du sentiment, des humeurs, du questionnement, des sensations… Humain, trop humain pour la machine en somme.

 

 

La question du «Love» de Love Data est la capacité qu’a l’être humain à produire, malgré le formalisme de la technique, du sentiment, des humeurs

> Quelles traces pensez-vous laisser avec votre scénographie ?

La question du lègue est toujours une question délicate, cependant ce que j’aimerais faire percevoir aux spectateurs qui assisteront à cette édition c’est qu’il y a aujourd’hui, dans le champs des arts visuels, tout un pan de la création qui prend à bras le corps la question de notre relation avec le réseaux, la communication, la circulation des images, la politique, les formes de perception nouvelles ou établies que suggèrent nos pratiques numériques.

Faire découvrir et partager ce secteur de réflexion à chacun ou affiner la connaissance des initiés est une ambition.

 

> Quelques mots sur vos projets à venir.

Mes projets pour la suite sont multiples. D’abord je m’occupe de manière permanente de la programmation d’une galerie à Bordeaux qui s’appelle « Silicone » et avec mon équipe, nous entamons à partir d’octobre 2019 la 5ème saison (saison 2019/2020). J’organise avec ce lieu 5 expositions par ans et 2 ou 3 évènements hors les murs.

Je m’occupe également (jusqu’en 2022) de la programmation d’un évènement appelé « la Foret d’Art Contemporain ». C’est un projet consistant à inviter des artistes à produire des œuvres pérennes et monumentales sur tout le territoire de la forêt des Landes. Les premiers projets de ma programmation devraient voir le jour fin 2019 et tout au long de l’année 2020. Beaucoup de beaux projets à venir, je suis ravi !