Il était une fois...
Le quartier de Péchic
Les trois quartiers de Menan, Péchic et Dadé, suités en périphérie de la ville, se caractérisent par leurs fermes. À chaque maison est attaché un petit lopin de terre, où poussent quelques légumes, fleurs, arbres fruitiers. Il constitue un petit hameau où tout le monde se connaît, et où nombre de familles sont apparentées. On s’appelle par son prénom ou son « chaffre » (surnom), « j’entends encore résonner, « Léa », « Bibise », « Tchique », « tante Anna », «tantine Marie », « Biroulet », « Chinant », « Jeannot », « Marius » (J. Passicousset).
Les vendanges, la tuaille du cochon sont autant d’occasions de réunion familiale et de quartier. « Au quartier, il n’y avait pas de frontières, mais des règles tacites à respecter : on pouvait jouer dehors avec les voisins mais sans franchir les limites fictives d’un autre quartier. Il y avait des exceptions et des autorisations pour aller à la limite du Dadé pour aller acheter le pain à la boulangerie Degraves ou chercher le lait chez Destruhaut en face de chez Bruhl. » (J. Passicousset).
Il y a d’autres exceptions, l’école, le patronage des Jeunes du Captalat ou pour aller se baigner au plageot. Dans les années 1950-1960 il y avait très peu de circulation dans ce quartier, ce qui permet aux enfants d’investir la rue pour faire du patin à roulettes, jouer aux billes ou à la poque. Ce quartier paisible s’anime également au passage des commerçants ambulants, du garde champêtre et des processions. Fin des années soixante, beaucoup de choses changent, la circulation automobile, l’urbanisation, le début des grandes surfaces, donnent un signal d’arrêt à cette vie de quartier, une page s’est tournée…
Penchons nous plus particulièrement sur le quartier Péchic.
Aux portes de la "carreyre"
Selon Robert Aufan, le quartier de Péchic est cadastré en 1809. Mais on en trouve la trace dès 1723. Vieux mot gascon qui a le sens de « peu de chose » ou de lambeau, en parlant d’un tissu. Il est aussi utilisé pour désigner une personne avare. Partons avec Jacques Passicousset sur les traces de ce quartier excentré à l’Ouest du bourg. Bien qu’à vol d’oiseau il ne soit pas très éloigné de la mairie, il se situait aux portes de la « carreyre » (chemin bordé de haie), le chemin de Braouet (petit marais : cette zone mal drainée par la «craste douce»), qui menait à un moulin à eau éponyme, et à la forêt, La Montagnette.
Après la Grande Guerre, la grande rue qui coupe ce chemin prend le nom de rue des Poilus en hommage aux combattants de 14-18. L’origine de cette appellation s’étant perdue, « après la Seconde Guerre mondiale, les « drôles » à l’école pensent que ce quartier abrite des gens velus, poilus ou barbus et bien sûr, se moquent de ceux qui y habitent ».
Une histoire de familles
Maison de la famille Broqua, rue des Poilus (AMLT, fonds J. Passicousset)
Mathilde Hostin, née Capdeville, tient une petite épicerie, qu’elle vend à Mme Blancherot, qui la cède à son tour à Madame Conrier au début des années 1960. Ses filles Jeanne et Marie tiennent aussi des épiceries et épousent deux hommes qui entre les deux guerres installent un commerce de gros.
Maurice Passicousset, époux de Jeanne, investit un grand chai en bois, sur l’emplacement de l’ancienne forge de son beau-père, Jean-Guillaume ; il ravitaille les épiceries de tous les quartiers jusqu’à son décès en 1938.
Robert Broqua, époux de Marie, fait construire un bâtiment en dur pour abriter son commerce de gros, de beurre, fromages et autres produits laitiers. À son décès, en janvier 1940, son épouse et son fils Jeannot continuent à tenir tant bien que mal ce commerce jusqu’au départ de ce dernier pour le Service du travail obligatoire (S.T.O.).
Il existe également une boulangerie dont on trouve trace depuis le milieu du XIXe siècle, à l’angle de la rue des Poilus et de la rue des Boyens. Aujourd’hui transformée en maison particulière, elle est tenue successivement par François Mouliets, Pierre dit Hector Bettus et Pierre Louis Degraves. Pierre Ballion, qui prend la suite dans les années 1960, clôt son histoire à l’aube du XXIe siècle.
Un quartier de maraîchers et d’agriculteurs
Au début des années 1950, des familles d’agriculteurs sont implantées dans ce quartier notamment Castagnet, Ducourneau et Garbes. La plupart d’entre elles possèdent leurs maisons familiales et les installations agricoles dans le quartier. Cependant, leurs prés et terres sont à l’extérieur. Par exemple, c’est à l’autre bout de la rue des Poilus que Jeannot Garbes possède des terrains où il cultive des légumes en grande quantité qui sont vendus sur les marchés de La Teste et d’Arcachon. Ces terrains n’existent plus, un petit centre commercial a pris place mais la voie qui les longeait a pris le nom de rue des Maraîchers.
La grande propriété d’Anna Capdeville est constituée d’un jardin d’agrément, d’un jardin potager amendé par les belles bouses que les vaches laissaient sur le chemin, d’un verger et surtout des vignes qui donnent « une petite piquette ». On n’image pas aujourd’hui l’importance de la viticulture dans notre région.
Vendanges dans la famille Capdeville, 1930 (AMLT, fonds J. Passicousset)