Il était une fois...

Un territoire au prisme du cinéma

Le Bassin d’Arcachon, depuis toujours terre de tournages

Si les productions récentes réalisées sur notre territoire sont bien connues du grand public, il ne faut pas oublier que de nombreux autres films, et depuis longtemps, se sont tournés sur le Bassin.

Le bassin décor de cinéma

Pourquoi le Bassin ?

Toutes ses collectivités, conscientes de l’impact de ces tournages, en termes de retombées économiques directes et d’attractivité, apportent leur aide. Les réalisateurs y sont sensibles. Mais leurs motivations se révèlent très diverses au fil du temps.

Certains réalisateurs sont originaires de cette région et veulent la faire découvrir. David Ogos, installé à La Teste-de-Buch, y tourne sa fiction policière, Lisa, et le réalisateur arcachonnais Max Mauroux tourne au Moulleau et à Pyla son film Presque légal.

Frédéric Rossif, Aussi loin que l’amour, s’exprime ainsi dans la revue Aquitaine d’août septembre 1974 : « Il y a longtemps j’ai découvert l’Aquitaine en parcourant la route romane […]. Toute la région m’a véritablement séduit. Je trouve les paysages beaux et intelligents […] d’une part la conformation du pays est généreuse, au Pilat cette immense dune de sable qui s’avance vers la mer, évoque pour moi la naissance du monde et symbolise l’homme libre. »

Lieux emblématiques et lieux secrets

Aucune des « icônes » du Bassin ne manque à l’appel : patrimoine naturel, paysage ostréicole, parcs, cabanes ostréicoles, ports, comme celui de Larros dans Mer belle et agitée de Pascal Chaumeil, (2014).
Le Cap Ferret sert de cadre à Oui, d’Alexandre Jardin (1996), Le Grand appartement avec Mathieu Amalric, Pierre Arditi et Laetitia Casta (2006) et bien sûr les films de Guillaume Canet.

Dans le film L’île aux Oiseaux, qui se dit régionaliste, tourné en octobre 1986 , Guy Marchand joue le personnage de Bélisaire, un ostréiculteur bourru.
« Dans la vase, sous le soleil, avec les crabes » (SO, 27 janvier 1988).

Notre territoire n’est pas en reste. Sans surprise, la dune du Pilat et les plages océanes, l’île aux Oiseaux, le banc d’Arguin, les cabanes tchanquées (le téléfilm de Jeanne Labrune, La Part de l’autre, tourné dans les années 1980, entre autres) figurent dans nombre de fictions. Mais, paradoxalement ces lieux, porteurs d’une symbolique si forte, s’intègrent aux univers des réalisateurs.

Ainsi, la dune peut être désert lointain (Lawrence After Arabia, 2018), et la plage un espace-temps particulier, juin 1940 pour les besoins du film Bon Voyage (2003) de Jean-Paul
Rappeneau. Comme dans le film-poème de Frédéric Rossif, Aussi loin que l’amour (1971) : « Frédéric Rossif s’éloigne du réalisme pour créer un monde imaginaire où la réalité se transmue en symbole. » analyse Jean de Baroncelli, (Le Monde, 27 octobre 1971).

Il tourne sur la plage de La Salie, avant le wharf, un mariage landais animé par un groupe local d’échassiers Lou Bougès, sur l’Île aux oiseaux où l’ermite Pierre Denjean, ancien directeur d’école, reçoit l’équipe de tournage dans sa cabane, quartier du Figuier, et le banc d’Arguin avec Chabrol, l’homme au poteau… et pourtant nous sommes dans un ailleurs.

Au Pyla, Chabrol tourne sa « tragi-comédie de mœurs bourgeoises », La Fleur du mal, en juin 2002. La villa La Hutte, « une villa cossue des années 1930 transformée pour l’occasion en véritable fort Chabrol » est prêtée pour l’occasion par la tante de l’actrice Mélanie Doutey.

Cazaux attire aussi les tournages. La plage de Laouga accueille en septembre 2004, pour deux jours l’équipe de tournage du film de Cédric Kahn, l’Avion. On trouve plus rarement représenté le centre-ville de La Teste-de-Buch.

Mais parfois ces fictions exploitent des lieux plus insolites. On découvre des puits de pétrole de Cazaux dans les Mordus, le moulin de Bordes dans l’épisode 8 de la web série de Mathieu Pichoff, l’ancien hôpital Jean-Hameau (épisode 2) et le nouvel hôpital dans la série Les Bracelets rouges. Au journaliste qui lui demande « Comment la série s’est-elle retrouvée sur le Bassin d’Arcachon ? », son réalisateur Nicolas Cuche répond : « Par hasard ! Je voulais d’abord filmer l’hôpital. Or à Paris, ils sont tous insérés entre des immeubles. Je n’avais pas de distance pour les filmer. Je voulais un hôpital moderne. […]. Et puis on est tombé sur le Pôle de santé […] Je voulais un hôpital pas loin de la côte. Je ne connaissais pas du tout le bassin d’Arcachon et j’ai eu un coup de cœur. Ces paysages, la plage, les dunes, l’océan, donnaient un beau contrepoint à l’univers de l’hôpital. »(SO,28 octobre 2022).

Le Vog

Daniel Picg, projectionniste (AMLT, fonds J.P. Billetorte)

M. Mirasson, au terme de son bail au cinéma Le Franklin,fait construire par l’architecte Henri Pfihl son propre cinéma, rue de Verdun (actuelle rue Pierre-Dignac) au début de la Seconde Guerre mondiale, le Vog. Il y ajoute un dancing. A son départ à la retraite, en 1984, le cinéma est vendu à la commune avec l’idée d’en faire un « équipement culturel polyvalent ». Le projet n’aboutit pas, la commune n’obtenant pas de subvention pour la restauration du bâtiment. Il accueille un éphémère ciné-club avant d’être finalement démoli en octobre 1990. Il faut attendre 1998 pour retrouver une autre salle de cinéma à La Teste-de-Buch.

Des tournages qui s’inscrivent parfois dans la mémoire collective

Peu de ces films s’inscrivent dans la grande histoire du cinéma mais certains ont laissé quelques traces dans la mémoire collective. Honneur au doyen, le mélodrame d’Abel Gance, la Roue (1921-1923). À sa sortie, ce film muet déçoit, on n’y reconnaît rien, mais Hélène Tierchant rapporte les propos de vieux Arcachonnais impressionnés par les trucages du film : « Pensez, ils ont fait neiger dans le Casino mauresque ! ».

A La Teste, Les Mordus, de René Jolivet. Son tournage, en 1959, est encore prégnant dans certaines mémoires testerines.
Pensez-donc, côtoyer, place Jean-Hameau, devant la maison Lalanne transformée en commissariat, la grande vedette de la chanson de l’époque Sacha Distel !
Un film tourné pour les enfants par Marc de Gastyne, L’Île aux oiseaux (1957) est lui aussi cher au cœur de Testerins. On y voit le port, le mythique bateau en ciment, depuis longtemps disparu sous les sables, et surtout des figures locales qui y jouent comme Jésus Diégo et Hubert Méoule.

(AMLT, fonds R. Méoule)

Le téléfilm La Grande dune a aussi marqué les esprits pour une raison particulière : le défrichement d’une parcelle en forêt usagère et la construction, provisoire, d’une cabane a déclenché l’ire de l’association de défense des droits d’usage.

Le regard porté par les gens du Bassin sur ces films est forcément particulier. Le jeu est de repérer l’apparition de « locaux », aussi fugace soit-il, et de reconnaître les lieux, ce qui est parfois une gageure, et de s’amuser de certains anachronismes, comme des pieds blancs dans des patins à vase…