Il était une fois...

André Legrand, un illustre Testerin

Le Colonel Legrand (1914-2003) s’est illustré lors de la Seconde Guerre mondiale en tant que pilote de chasse au sein de la prestigieuse escadrille La Fayette. Le 20 septembre 1939, il est le premier aviateur français à abattre un avion allemand.

Un As de la Seconde Guerre mondiale

Hiver 1939, lors d’une permission, le Sergent Legrand, ainsi que le Lieutenant Boisot, sont honorés par la municipalité (AMLT, fonds F. Legrand)

Après s’être brillamment battu lors de la Bataille de France, le groupe de chasse se replie en Afrique du Nord le 20 juin 1940.
Suite à l’Armistice, Il doit combattre les Alliés à deux reprises : les Anglais venus neutraliser la flotte française dans le golfe d’Oran (tragédie de Mers-el-Kébir), en juillet 1940, les Américains, lors du débarquement au Maroc et en Algérie en novembre 1942.
Après la victoire alliée, le La Fayette poursuit la lutte sous commandement américain (Campagne de Tunisie, début 1943, face à l’Afrika Korps) puis britannique.
En 1944, Legrand quitte à regret son escadrille pour devenir moniteur à l’école de chasse de Meknès. Mais il veut participer à la libération du territoire national. À sa demande, le 25 janvier 1945, il est muté à la 1ère Escadre basée à Nancy. Après la capitulation de l’Allemagne, il participe aussi à son occupation.
Au sortir de la guerre, Legrand décide de rester dans l’Armée de l’Air ; ayant gagné des galons, il participe à la réorganisation de l’aviation et accède à divers commandements : Division des Moniteurs de Pilotage à Cazaux en 1950, Groupe d’Aviation Légère d’Appui (GALA) de Constantine en 1958, base de Bangui en 1962…

Après une carrière entièrement tournée vers l’aviation, c’est tout naturellement que notre As de guerre retourne sur les bords du Bassin d’Arcachon qu’il chérit tant.

Il participe activement à la vie publique de La Teste des années 1960 jusqu’aux années 1990, en occupant les postes de conseiller municipal, conciliateur de justice et Président de la Commission de Sécurité Incendie du District.
Commandeur de la Légion d’honneur, décoré de la Croix de guerre avec citations et de la Médaille militaire, il est titulaire de 12 victoires aériennes. Il repose au cimetière des Ninots à La Teste-de-Buch.

Une enfance testerine dans la lignée de son père

Le Colonel Legrand, né en 1914, grandit dans le souvenir d’un père qu’il n’a pas connu : mobilisé un mois avant la naissance de son fils, André Legrand trouve la mort le 27 septembre 1915, lors de la grande attaque en Champagne. Il est déclaré mort pour la France, reçoit à titre posthume une Croix de guerre avec palme, et la Médaille militaire. Ce fils tant désiré, il ne l’aura vu qu’une seule fois, au cours d’une permission.

Lui-même souligne : « Je n’ai connu que son cercueil quand on l’a ramené ». La Seconde Guerre mondiale lui offre l’opportunité de le « venger ». Il suit naturellement les traces de son père chasseur de bécasses, un « fameux becadey » comme ne manquent pas de lui rappeler à maintes occasions les anciens camarades de son père, de « vieux poilus », qui ont eu la chance de survivre à la guerre, et sa mère.

Comme beaucoup de jeunes garçons testerins, il s’aguerrit dans les « guerres de quartier ». Il est le meneur du quartier du Coum (actuelle place Jean-Jaurès), car la maison familiale est toute proche, rue Edmond-Rostand ; son grand ami Jean Labarthe est son alter ego du quartier du Port. Ils partagent une certaine condescendance vis-à-vis de ceux de Cap Lande… Ces petits garnements ne craignent pas trop le garde-champêtre. Lui-même compte sur l’indulgence de sa mère qui ne le prive pas longtemps de son goûter : une bille de chocolat Louis dans un quignon de pain. Il s’émerveille devant les évolutions de l’équipe de rugby, « les joueurs étaient pour nous des divinités » et ne manque pas de les imiter, d’abord sur la place avec un béret en guise de ballon, puis sur le terrain. Le jeu est alors « sportif » : « les horions pleuvaient ».

Il se remémore avec beaucoup de nostalgie la pêche aux épinoches (petits poissons) dans les crastes, des courses de bateaux dans les caniveaux après la pluie : l’automobile n’a pas encore colonisée la rue, les commerçants font leur tournée avec un cheval. Les jouets, il les fabrique lui-même, sous la direction des anciens : castagnettes, rigue-rague (crécelle), pétaduy (sarbacane en bois de sureau)…

Jeux de guerre (AMLT, fonds F. Legrand)
Le petit Legrand en mascotte de l’UST, 1922. Photo Gaby Bessiere (AMLT, fonds F. Legrand)

« Le temps béni des vacances » au Ferret

Il se souvient tout particulièrement des vacances « merveilleuses », « perdues à jamais au fond de la mémoire », avec Jean Labarthe.
Cette « campagne d’été », qui dure près de 3 mois, nécessite de la part de sa grand-mère maternelle une longue préparation : « Deux mois à l’avance, elle achetait, puis rangeait avec le plus grand soin, pommes de terre, haricots, sardines à l’huile, conserves de toutes sortes, un ou deux jambons. Elle comptait et recomptait chaque jour son trésor ».

« À La Pointe, il n’y a alors que 3 ou 4 cabanes de pêcheurs, dont la nôtre, que nos grands-pères, maîtres de barque, utilisaient à la saison de la pêche aux mules ».

La magie opère dès la traversée du bassin en pinasse à voile négociée avec un ostréiculteur. « Les plages vierges, la forêt, nous appartenaient toutes entières » ; il n’y a plus que les baignades, « les concours de plongeons au bout de la jetée en bois », les promenades dans les dunes, et la chasse au cul blanc, tout un art, qui commence par la recherche de l’appât, des fourmis volantes débusquées dans de vieilles souches de pin ».

Pour se faire la pièce, il n’hésite pas à vendre la fournée du boulanger-pâtissier Labat, en criant le long des villas : « Petits pains de La Teste, biscuits à l’anis ! ».